Sujet : 24 heures de plongée
Cette année marque les 50 ans de la réserve marine de Cerbère-Banyuls. Pour célébrer cet anniversaire de manière inoubliable, avec mon club de plongée toulousain « Les Amis de la Mer » nous avons décidé de relever un défi audacieux : 24 heures de plongée ininterrompues. Par amour du défi, par amour du vivant…
Au Programme
ToggleLa réserve de Cerbère-Banyuls - Trésor de biodiversité 🐙
La Réserve Naturelle Marine fait partie du golfe du Lion et s’étire, comme son nom l’indique, de Banyuls à Cerbère. Paradis des baigneurs et des passionnés de plongée, cet espace naturel protégé est la première Réserve Naturelle Marine de France. Créée il y a cinquante ans, elle a permis la régénération de nombreuses espèces marines et la protection des écosystèmes locaux.
Cette évolution spectaculaire est le fruit de décennies d’efforts de conservation et de recherche. Aujourd’hui, plus de 1200 espèces animales et environ 500espèces végétales y ont été recensées. Si la réserve de Cerbère-Banyuls permet de découvrir autrement la Méditerranée, c’est justement parce qu’elle y est protégée.
Finalement, elle ne nous montre pas une Méditerranée exceptionnelle, mais simplement ce qu’elle est lorsque notre impact n’est pas destructeur.
Qui de mieux placé que quelqu’un qui plonge dans la réserve depuis des dizaines d’années pour parler de cette régénération ?
Aujourd’hui, on se moque du plongeur qui n'en voit pas."

Les Amis de la Mer - Aller à la rencontre du vivant 🪼
Lorsque j’ai rejoint les ADLM, j’étais à vingt mille lieues sous les mers de m’imaginer vivre autant de belles histoires, qu’elles soient humaines ou sous-marines. J’y ai surtout trouvé un club qui me ressemble. Le partenariat avec l’université Paul Sabatier de Toulouse rend le club jeune et dynamique tout en offrant un bel équilibre avec l’expérience des anciens.
C’est surtout l’esprit d’aventure qui m’a conquis. Chez les ADLM, on n’a pas peur de dormir sous la tente, de plonger du bord et de devoir nager des centaines de mètres en surface avant de s’immerger.
Mais plus que tout, on prône une activité tournée vers le vivant, et ça change tout… Finalement, on n’apprend pas seulement à plonger (ce n’est qu’un prétexte, un moyen). On apprend à explorer, comprendre et découvrir le monde sous-marin avec respect. C’est probablement ce profond engagement qui a permis aux Amis de La Mer de devenir un partenaire fort de la réserve de Cerbère-Banyuls.
La Genèse des 24 heures 🌱
Tout a commencé par un mail : « Nous allons plonger 24 heures ».
À l’initiative, de ce projet, il y a Alexandra, la présidente des ADLM. Après avoir observé l’évolution de la biodiversité au fil des années, elle voulait faire quelque chose de grand pour célébrer les 50 ans de la réserve. Il est vrai que Les Amis de la Mer y plongent toute l’année. Pourtant, malgré un partenariat de longue date, il y a eu assez peu de missions conjointes.
Il était temps d’aller plus loin. Il fallait envoyer un message fort et montrer à la réserve qu’elle n’est pas seule et qu’elle peut compter sur le soutien indéfectible du club.
C’est ainsi qu’est né le défi des “24 heures de la plongée”, une initiative unique qui permettrait de vivre l’océan, de préserver le vivant, mais aussi de sensibiliser le grand public à ce qui se passe sous l’eau.
24 Heures Inoubliables ⌛️
L’idée des 24 heures de plongée était simple : se relayer pour qu’il y ait à minima une palanquée dans l’eau du vendredi 21h au samedi 21h. C’est un défi audacieux, mais il ne pouvait se suffire à lui-même. Il fallait lui donner un sens et veiller à ce qu’il soit utile au vivant. Ou du moins, c’est en voulant être utiles au vivant que le défi s’est construit.
L’association Ailerons*, également présente pour plonger et soutenue par la réserve de Cerbère-Banyuls avait besoin d’informations sur les raies présentes dans la zone (espèces, tailles, comportement, …). C’est ainsi qu’ensemble nous avons imaginé un protocole scientifique simple permettant de récolter des données sur les raies présentes dans la anse de Peyrefite (camp de base de la mission). Plonger 24 heures sans interruption nous a permis de couvrir un cycle circadien complet, nous permettant notamment de mieux comprendre le comportement des animaux au fil de la journée. Pour avoir plongé en pleine nuit mais également en journée, je dois avouer que le contraste est saisissant. Mon parcours était sensiblement le même et pourtant j’avais l’impression de faire des plongées totalement différentes… Les bancs de poissons très actifs et visibles de jour s’effacent dans la posidonie et les anfractuosités, laissant place aux céphalopodes et autres raies majoritairement actifs la nuit.
Un Défi Engagé 🎯
Pour mieux protéger, il faut comprendre, et pour comprendre, il faut observer, mais surtout explorer. Quand je parle d’exploration, je pense notamment à aller au-delà de ce que l’on perçoit en tant qu’humain. Chaque milieu, chaque espèce a un monde qui lui est propre avec une perception singulière… Lors des 24 heures, nous avons essayé de nous immiscer dans d’autres univers, ceux de la fluorescence et du son qui sous l’eau paraît muet.
Car oui, sous l’eau, dans ce monde majoritairement sombre et bleu, se joue un spectacle de couleurs sans pareil (mais pas toujours visible au premier coup d’œil). C’est ainsi que, munis de lumières bleues, nous sommes partis mettre la lumière sur ce mystère. D’abord pour identifier les espèces concernées (seiches, poulpes, anémones…), mais surtout pour essayer de comprendre le fonctionnement de ces mécanismes fascinants. La fluorescence est-elle permanente ? Est-elle liée à un mécanisme de défense ? Sert-elle à chasser ? Chaque découverte a été la porte d’entrée vers de nombreuses questions supplémentaires…
L’océan, que l’on appelle couramment “Le Monde du Silence”, est en réalité le monde du bruit. La vie sous l’eau s’articule en une cacophonie surprenante qui nous est simplement inaudible la plupart du temps. Au cours des 24 heures, nous avons voulu percer certains mystères de cette communication qui nous est encore silencieuse. C’est ainsi que plusieurs hydrophones ont été posés dans la zone d’étude. L’objectif était d’étudier l’impact sonore sur les espèces. Pour cela, lorsque les recycleurs ont plongé, ils ont eu un moment où ils étaient seuls, sans « bulleurs », pour observer la différence entre circuits ouverts et fermés. À l’origine de cette initiative : Céline Labrune et Ronan Rivoal, respectivement ingénieure d’études au CNRS de Banyuls et garde de la Réserve, mais surtout tous deux membres des ADLM !
C’est un livret complet et illustré reprenant toutes les connaissances théoriques que doit connaître un N1 et petit bonus, il est possible de tester ses connaissances via des quiz interactifs à faire directement en ligne (il y a plus de 200 questions en tout !!). c'est l'outil parfait pour t'aider à apprendre à plonger en s'amusant.
Obtiens ton livret en cliquant sur la photo ci-dessous.
Une Volonté de Partager 🤝
Alors que les palanquées s’enchaînaient avec une ponctualité irréprochable, les plongeurs restés en surface s’affairaient à sensibiliser le public au monde marin. Le programme incluait des discussions passionnées sur les merveilles sous-marines, des randonnées palmées, ainsi que des ateliers ludiques sur les requins animés par l’association Shark Education Club**. Je retiens particulièrement la venue d’un jeune garçon (âgé de 12 ans à peine) qui a fait près de deux heures de route pour venir voir les plongeurs et parler de requins. Son rêve ? Devenir plongeur et biologiste marin pour explorer et protéger les océans. Sa passion, ses connaissances (à un si jeune âge) et surtout ses yeux écarquillés lorsque je lui parlais des rencontres sous-marines que j’avais pu faire m’ont profondément ému. Il m’a rappelé l’enfant passionné par le monde marin que j’étais avant de pouvoir, à mon tour, vivre cette passion et ce rêve d’être plongeur.
Cette simple rencontre a donné du sens à ce que nous faisons. C’est notamment pour que les prochaines générations de passionnés puissent vivre l’Océan que je ne cesserai jamais de me battre pour sa sauvegarde.
En 2026, les ADLM fêteront leurs 50 ans. Qui sait quelles aventures sous-marines nous attendent pour l’occasion…
Quelques Images 📸




































Le Mot de la Fin... 💬
>> 24 heures d‘immersion : pour observer un cycle de vie complet
>> 90 plongeurs : de tout âge et de tout niveaux / circuits ouverts et fermés
>> 69 palanquées : comme par hasard…
>> 360 000 Litres d‘air : à peu près, je n‘ai pas vérifié tous les manos
>> 3 associations : Shark Education Club – Ailerons – Les Amis de la Mer
>> Protocoles & expériences scientifiques : recensemment, fluorescence, sons…
>> La célébration de la plus vieille réserve marine de France
>> Bref, une véritable aventure humaine dédiée au vivant.
24 heures de plongée… C’est un événement que peu vivrons dans leur vie et que je ne n’oublierai probablement jamais. Mieux encore, il m’a grandement inspiré et il se peut qu’il y ait encore plus de défis comme celui-ci à l’avenir !
Merci de m’avoir lu.
Puisse l’Océan vous inspirer une vie d’Aventure et d’Exploration.